Le respect de la nature
Ce texte reprend un courrier adressé le 3 juillet 2025 à l’inspection de la pêche. Il retrace un long parcours autour de la Rauss et pose les bases d’une fondation pour la biodiversité au sens large.
De la pisciculture aux bio-indicateurs
Depuis 1990, où j’ai commencé une pisciculture à Crémines, j’ai vécu plusieurs anecdotes douloureuses. Après quelques années, je commençais d’avoir une bonne production d’ombles chevaliers (2 t en une année). Les ombles chevaliers sont des poissons très délicats et très sujets à la furonculose. C’est à ce moment-là que j’ai reçu la visite du sous-directeur de la pêche, qui me dit que je polluais la rivière.
Je suis alors allé dans la Rauss et j’ai soulevé deux ou trois pierres pour récolter les larves qui se trouvaient dessous. J’ai présenté ces très bons bio-indicateurs à l’inspecteur, lui demandant ce qu’il en pensait. À ma grande surprise, il n’a pas pu nommer ces bio-indicateurs. Un compte rendu de l’entretien avait alors été fait par le commissaire de la police communale de Moutier.
Pour limiter les problèmes sanitaires, je pouvais me procurer des œufs d’ombles fécondés que je désinfectais chez un pêcheur professionnel de Faulensee — possible parce qu’en fin de période de pêche, bon nombre d’ombles étaient prêts à frayer. Je ne sais de quel droit l’inspecteur de la pêche a fait pression sur ce pêcheur pour qu’il ne m’en livre plus. Il devait pourtant savoir que les poissons qui frayent sont toujours beaucoup plus sensibles aux maladies : ce qui était prévu arriva. La furonculose décima mon élevage. Après quelques mois d’antibiothérapie, j’ai remarqué que les germes devenaient toujours plus résistants. C’est à ce moment-là que j’ai arrêté cet élevage.
Faulensee et le lac de Thoune
C’était dans la période où le canton investissait deux millions à Faulensee. J’avais remarqué qu’outre la furonculose, les poissons de Faulensee souffraient d’autres maladies. Je pensais que ce projet — déjà par le nom de Faulensee et par mes observations — était une aberration vu la qualité de l’eau. J’ai demandé à mon cousin Frédéric Graf, député, de communiquer cela au Grand Conseil. L’inspecteur de la pêche balaya cette communication sous prétexte que l’on n’élevait pas des poissons de lac avec de l’eau de source. Des tonnes d’ombles chevaliers étaient alors consommées dans les restaurants autour du lac de Thoune. Quelques années plus tard, il n’y avait plus d’ombles chevaliers consommables dans le lac.
La station hydroélectrique et la chute de l’étang
Pendant huit ans, je me suis battu contre le projet de station hydroélectrique sur la Rauss. Le requérant n’a pas été correct dans la mesure des débits, et l’OED a soutenu ce projet d’une façon éhontée et non professionnelle — notamment le docteur Thomas Vuille, de l’inspection de la pêche, qui voulait dans un premier temps détruire la chute au niveau de l’étang. Personne ne lui a dit que la chute de l’étang était intimement liée à la même infrastructure.
Concernant les problèmes esthétiques du démantèlement en urgence du bâtiment de la pisciculture, je suis conscient que cela puisse choquer les visiteurs du site du Siky Ranch et donne un bâton à ceux dont j’ai perturbé le projet. Mais il n’y a pas de bon biotope « propre en ordre », et je regrette de ne pas avoir pu récupérer plus de matériel sous la pression de la municipalité : les matériaux disgracieux n’étaient en aucun cas un problème pour la nature.
Ce n’est pas pour cette raison que j’ai fait opposition, mais parce que, malgré de nombreux rappels, les responsables de la stabilité de l’étang et de la chute dont parlait le docteur Vuille n’ont rien fait, malgré le danger clairement défini ; et aussi parce que le garde-pêche n’a pas agi pendant des années pour qu’on enlève les installations de mesure du débit, qui ont empêché la montaison des grandes truites.
Les petites chutes et la régénération du lit
Le garde-pêche ne veut pas reconnaître l’utilité des petites chutes. Aujourd’hui comme lorsque j’ai repris le droit de pêche sur la Rauss en 1990, le lit de la rivière, dans les parties de faible déclivité, est comme bétonné par les poudres de calcaire de la carrière de Gänsbrunnen. Pendant deux ans, j’ai fait de la pêche du fretin, mais la troisième année, j’ai remarqué que, grâce à ses petites chutes, le lit s’était régénéré et permettait de nouveau la fraye.
Dans ce cadre, je vous ferai remarquer que ce ne sont pas des bois de 5 ou 6 m qui pourraient causer des dommages importants lors des pluies exceptionnelles, mais les grands arbres, quasiment dans la Rauss, qui seraient déracinés à la prochaine goutte froide sur l’immense bassin versant de la Rauss.
Vers une fondation pour la biodiversité
Je vous envoie quatre documents sur des problèmes qui ne sont pas traités par les responsables : les décharges de poudre de calcaire ; les arbres dans le lit de la rivière ; et la pollution, azotée vraisemblablement, qui engendre le développement d’algues filamenteuses (comme si l’on avait mis un sac de nitrate d’ammonium dans l’étang).
Il me semblerait normal que le propriétaire d’un droit de pêche puisse gérer le lit de la rivière. Il est aujourd’hui admis que les plantes ligneuses ne doivent pas se trouver à moins de 3 m du bord de la rivière. Je vous serais vraiment reconnaissant de pouvoir en parler rapidement, pour œuvrer à un compromis sur l’ensemble de ces problèmes.
Je suis en train de créer une fondation pour la biodiversité au sens large. Le biotope humide, la pisciculture et le droit de pêche de la Rauss y seront intégrés.
Philippe Konrad, docteur vétérinaire.
P.-S. : la nature n’aime pas le « propre en ordre », moi non plus, et j’ai le plaisir d’avoir dans mon entourage des loirs muscardins, des chauves-souris et des musaraignes aquatiques.





